Une prise de masse efficace repose sur un principe simple : manger un peu plus que ce que vous dépensez, environ 10 à 20 % au-dessus de vos besoins d’entretien, soit 300 à 500 kcal par jour pour la plupart des pratiquants. Ce surplus modéré, associé à 1,6 à 2,2 g de protéines par kilo, à suffisamment de glucides et à un entraînement de musculation progressif, permet de gagner du muscle en limitant la graisse.

L’objectif n’est pas de prendre du poids le plus vite possible, mais d’en prendre lentement : 0,25 à 0,5 % de votre poids par semaine. Ce guide explique comment calculer votre surplus, répartir protéines, glucides et lipides, composer une journée type avec des aliments courants et éviter les erreurs qui changent une prise de muscle en prise de gras.

10 à 20 %
de calories au-dessus de l'entretien pour un débutant ou un intermédiaire
0,25 à 0,5 %
du poids corporel à gagner par semaine, pas davantage
1,6 à 2,2 g/kg
de protéines par jour, réparties sur 3 à 6 repas
3 à 5 g/kg
de glucides par jour au minimum pour soutenir l'entraînement

Prise de masse : pourquoi faut-il manger plus ?

Construire du muscle coûte de l’énergie : fabriquer de nouvelles protéines, réparer les fibres sollicitées, soutenir des séances de plus en plus exigeantes. L’International Society of Sports Nutrition (ISSN) le résume ainsi : les phases centrées sur le gain de masse maigre reposent sur un surplus calorique soutenu, dont l’ampleur et la composition, tout comme le niveau d’entraînement, influencent la nature des gains.

Un surplus n’est pas toujours indispensable. Les débutants et les personnes en surpoids peuvent gagner du muscle tout en perdant du gras, grâce à la nouveauté du stimulus d’entraînement. Mais pour un pratiquant de poids normal qui veut progresser régulièrement, manger légèrement plus que ses besoins facilite nettement les choses.

Première étape : estimer vos besoins d’entretien. L’équation de Mifflin-St Jeor, validée sur près de 500 adultes, calcule le métabolisme de base : pour un homme, 10 fois le poids en kilos, plus 6,25 fois la taille en centimètres, moins 5 fois l’âge, plus 5 ; pour une femme, le même calcul en retirant 161 à la fin au lieu d’ajouter 5. On multiplie ensuite par un coefficient d’activité, environ 1,5 à 1,7 pour une personne qui s’entraîne 3 à 5 fois par semaine. Un homme de 25 ans, 1,80 m et 80 kg dépense ainsi environ 2 800 kcal par jour ; une femme de 30 ans, 1,65 m et 60 kg, environ 2 050 kcal.

Quel surplus calorique viser pour prendre du muscle ?

Une revue consacrée à l’alimentation des culturistes hors compétition recommande un surplus de 10 à 20 % pour les débutants et les intermédiaires, et de 5 à 10 % pour les pratiquants avancés, dont le potentiel de progression est plus faible. Une autre revue, publiée en 2019, conseille une approche prudente, autour de 1 500 à 2 000 kJ par jour, soit environ 350 à 480 kcal.

Profil Entretien estimé Surplus de 10 % Surplus de 20 %
Femme, 60 kg, entraînement régulier 2 050 kcal 2 250 kcal 2 450 kcal
Homme, 80 kg, entraînement régulier 2 800 kcal 3 080 kcal 3 360 kcal

Faut-il manger encore plus pour aller plus vite ? Les études disent non. Chez des athlètes d’élite suivis 8 à 12 semaines, le groupe qui mangeait environ 3 600 kcal par jour a pris plus de poids que celui qui mangeait librement, mais la différence de masse maigre n’était pas significative (1,7 contre 1,2 kg), alors que la masse grasse a augmenté nettement plus (1,1 contre 0,2 kg). En 2023, un essai sur des pratiquants entraînés comparant un maintien calorique, un surplus de 5 % et un surplus de 15 % pendant huit semaines a abouti à la même conclusion.

Ce que dit la science

Niveau de preuve modéré

Les essais disponibles convergent : au-delà d’un surplus modéré, les calories supplémentaires se traduisent surtout par de la masse grasse, sans gain de muscle nettement supérieur, en particulier chez les pratiquants déjà entraînés. Les études restent toutefois peu nombreuses et portent sur de petits effectifs : le surplus idéal exact n’est pas connu, d’où l’intérêt d’ajuster selon votre évolution.

À quelle vitesse prendre du poids en prise de masse ?

Le repère le plus utile est la vitesse de prise de poids : 0,25 à 0,5 % du poids corporel par semaine pour un débutant ou un intermédiaire, plutôt 0,25 % pour un pratiquant avancé.

Poids de départ 0,25 % par semaine 0,5 % par semaine Sur un mois (environ)
60 kg 150 g 300 g 0,65 à 1,3 kg
70 kg 175 g 350 g 0,75 à 1,5 kg
80 kg 200 g 400 g 0,85 à 1,7 kg
90 kg 225 g 450 g 1 à 1,9 kg

Tout ce poids n’est pas du muscle : il comprend aussi de l’eau, du glycogène et un peu de graisse. Pour suivre votre évolution, pesez-vous 3 ou 4 matins par semaine, à jeun, et comparez les moyennes hebdomadaires plutôt que les chiffres d’un jour, qui varient facilement de 1 kg. Si le poids ne bouge pas pendant deux semaines, ajoutez 100 à 200 kcal par jour ; s’il monte plus vite que prévu, retirez-en autant. Le tour de taille, quelques photos et vos charges à l’entraînement complètent utilement la balance.

Protéines, glucides, lipides : comment répartir ?

Les protéines

Visez 1,6 à 2,2 g/kg par jour. Une méta-analyse de 49 essais a montré que le gain de masse musculaire plafonne en moyenne vers 1,62 g/kg ; le haut de la fourchette couvre les personnes qui répondent un peu mieux à des apports plus élevés. Répartissez-les sur 3 à 6 repas, à raison de 0,4 à 0,55 g/kg par repas, dont un dans les 1 à 2 heures qui entourent la séance. Inutile de dépasser largement ces valeurs : en prise de masse, des protéines en excès rassasient et prennent la place des glucides.

Les glucides

Ils fournissent l’énergie des séances et reconstituent le glycogène musculaire. Prévoyez au moins 3 à 5 g/kg par jour ; l’American College of Sports Medicine indique 5 à 7 g/kg pour un entraînement modéré d’environ une heure par jour. Pâtes, riz, pain, pommes de terre, semoule, flocons d’avoine et fruits constituent la base. Notre article glucides et sport détaille les quantités selon la charge d’entraînement.

Les lipides

Gardez 0,5 à 1,5 g/kg par jour, souvent autour de 1 g/kg en pratique. Un apport trop faible peut perturber l’équilibre hormonal ; un apport trop élevé laisse moins de place aux glucides. Privilégiez l’huile d’olive et de colza, les oléagineux et les poissons gras.

Nutriment Repère par jour Pour 60 kg Pour 80 kg
Protéines 1,6 à 2,2 g/kg 96 à 132 g 128 à 176 g
Lipides 0,5 à 1,5 g/kg 30 à 90 g 40 à 120 g
Glucides au moins 3 à 5 g/kg, puis le reste des calories au moins 180 à 300 g au moins 240 à 400 g

Exemple de journée type pour une prise de masse

Voici une journée d’environ 3 140 kcal pour un homme de 80 kg qui s’entraîne en fin d’après-midi, calculée avec la table de composition Ciqual de l’ANSES (aliments pesés cuits).

Repas Contenu Calories Protéines
Petit-déjeuner Porridge de 80 g de flocons d’avoine cuits dans 300 ml de lait demi-écrémé, 1 banane, 20 g d’amandes 670 kcal 24 g
Collation 2 tranches de pain complet (80 g), 30 g d’emmental 300 kcal 15 g
Déjeuner 120 g de filet de poulet, 300 g de riz, 200 g de haricots verts, 15 g d’huile d’olive, 1 yaourt nature, 1 pomme 970 kcal 55 g
Après la séance 150 g de fromage blanc, 60 g de pain complet, 20 g de miel, 1 banane 380 kcal 18 g
Dîner 120 g de saumon, 350 g de pommes de terre, légumes, 10 g d’huile d’olive, 50 g de pain 820 kcal 42 g
Total 154 g de protéines (1,9 g/kg), 414 g de glucides (5,2 g/kg), 83 g de lipides (1 g/kg) 3 140 kcal 154 g

Aucun produit spécifique n’est nécessaire : l’alimentation courante couvre les besoins d’une prise de masse dans l’immense majorité des cas, et toute supplémentation relève d’une discussion avec un professionnel de santé. Adaptez les quantités de féculents et de matières grasses selon l’évolution de votre poids.

Les erreurs qui font prendre du gras plutôt que du muscle

Manger tout ce qui passe. La prise de masse « sale », à base de fast-food et de grignotage, fait monter la balance vite, mais surtout en graisse. Un surplus maîtrisé, avec des aliments peu transformés, donne un meilleur rapport muscle sur gras.

Tout miser sur les protéines. Au-delà de 2,2 g/kg, elles n’apportent pas de muscle supplémentaire démontré et coupent l’appétit. Les glucides font bien plus pour la qualité des séances.

Négliger l’entraînement et le sommeil. Le surplus ne sert qu’à soutenir un stimulus : sans programme progressif, il part dans les réserves de graisse. Si vous débutez, suivez un plan structuré comme celui de notre guide pour débuter la musculation, et soignez vos nuits, car le sommeil conditionne la récupération.

Ne rien mesurer. Sans pesées régulières, il est impossible de savoir si le surplus est trop faible ou trop fort. Deux semaines sans évolution imposent un ajustement.

Oublier les calories liquides et l’alcool. Sodas et jus apportent beaucoup de sucre sans rassasier ; l’alcool fournit 7 kcal par gramme sans intérêt nutritionnel et dégrade le sommeil et la récupération.

Et après : quand et comment passer en sèche ?

Une prise de masse s’arrête quand la masse grasse accumulée devient gênante, quand la force ne progresse plus malgré le surplus, ou à l’approche d’une échéance. Beaucoup de pratiquants intercalent alors quelques semaines au niveau d’entretien pour stabiliser le poids avant de réduire les calories.

La sèche consiste ensuite à créer un déficit calorique modéré en gardant des protéines élevées et le même entraînement. L’ISSN souligne que chez les personnes déjà assez sèches, une perte de poids lente préserve mieux la masse musculaire, avec des repères de 0,5 à 1 % du poids par semaine. Plus votre prise de masse a été propre, plus la sèche sera courte. La méthode complète est dans notre guide de la sèche en musculation.

Le verdict du labo

Pour réussir votre prise de masse, calculez vos besoins d’entretien, ajoutez 10 à 20 % (5 à 10 % si vous êtes avancé) et visez une prise de 0,25 à 0,5 % de votre poids par semaine. Mangez 1,6 à 2,2 g/kg de protéines, au moins 3 à 5 g/kg de glucides et environ 1 g/kg de lipides, en 3 à 6 repas construits avec des aliments courants.

Surtout, pesez-vous régulièrement et ajustez par paliers de 100 à 200 kcal : un surplus trop généreux fait gagner du gras, pas plus de muscle. Commencez par estimer votre dépense avec notre calculateur de besoins caloriques, puis vérifiez vos apports en protéines grâce au guide combien de protéines par jour.